L'état des lieux d'entrée et de sortie : la pièce qui vous protège
Par Espero AKPOLI
Publié le 23 juin 2026

Sommaire
Il y a une phrase que les juges de paix entendent tous les mois : « Le logement était impeccable quand il est entré, je vous assure. » Elle ne vaut rien. Ce qui vaut, c'est un document daté, précis, signé par les deux parties. Sans lui, la partie est perdue avant d'être jouée.
1. Pourquoi ce document décide de tout
Le principe est simple : la garantie locative n'est pas votre argent. C'est une somme bloquée, qui appartient au locataire, et qui ne vous revient que si vous prouvez un dommage dont il répond. Cette preuve, ce n'est pas une photo prise à la sortie : c'est la comparaison entre l'état de sortie et l'état d'entrée.
Sans état des lieux d'entrée détaillé, comment démontrer que la tache sur le parquet n'y était pas ? Que la porte du placard n'était pas déjà fendue ? Que le mur n'était pas déjà percé ? En droit belge, le locataire est en principe présumé avoir reçu le bien dans l'état où il le rend. Vous ne prouvez rien, vous n'obtenez rien.
C'est pourquoi l'état des lieux est obligatoire dans les trois Régions — Bruxelles, Wallonie et Flandre imposent chacune, dans leur texte propre, un état des lieux détaillé et contradictoire. Ce n'est pas une option, ce n'est pas une prudence de propriétaire méfiant : c'est la loi.
2. « Contradictoire » : ce que ça veut vraiment dire
Contradictoire signifie que les deux parties l'établissent ensemble, ou qu'elles désignent d'un commun accord un expert pour le faire. Les deux le lisent, les deux peuvent le contester, les deux le signent.
Un état des lieux rédigé par vous seul, envoyé par mail au locataire « pour information », n'est pas un état des lieux. C'est votre opinion, et elle n'engage que vous.
Deux formules :
- Amiable, entre vous et le locataire. Gratuit, mais exigeant : il faut être méthodique, prendre le temps, et accepter de noter aussi les défauts qui vous embarrassent.
- Par un expert désigné d'un commun accord. Il rédige un document neutre et technique. Ses honoraires sont alors partagés par moitié entre les parties. C'est le choix raisonnable pour un bien de valeur, un bien neuf ou entièrement rénové (où le moindre écart se verra), ou quand le courant ne passe pas.
Le moment. En pratique, l'état des lieux se dresse avant l'entrée dans les lieux — logement vide — ou dans les premiers temps de l'occupation. Le délai précis est fixé par le texte de votre Région : vérifiez-le, il varie et il dépend de la durée du bail.
Ensuite. L'état des lieux est annexé au bail et enregistré avec lui (l'enregistrement est gratuit, à charge du propriétaire, dans les deux mois de la signature du bail).
3. Ce qu'il doit contenir
Un état des lieux qui dit « bon état général » est un état des lieux inutile. Ce qui protège, c'est le détail.
Pièce par pièce
Pour chaque pièce, décrivez chaque surface et chaque élément : sols, murs, plafonds, plinthes, portes et poignées, fenêtres, châssis, volets, radiateurs, interrupteurs et prises, luminaires, placards, plans de travail, sanitaires, joints, robinetterie.
Et surtout : soyez précis dans le vocabulaire. « Rayure de 4 cm sur le montant droit de la porte, à 1 m du sol » vaut infiniment mieux que « porte abîmée ». Un an plus tard, personne ne se souviendra de ce que « abîmée » voulait dire.
Les photos datées
Une photo par constat, prise de près, et une photo d'ensemble par pièce. Elles doivent être datées et rattachées au document — pas dispersées dans un téléphone. C'est le point sur lequel un état des lieux amiable rattrape le plus vite un rapport d'expert.
Les relevés de compteurs
Électricité (jour et nuit s'il y a lieu), gaz, eau — et le mazout restant dans la citerne, s'il y en a une. Notez les numéros des compteurs, pas seulement les index : c'est ce qui évite des mois de bataille avec un fournisseur.
Les clés et les équipements
Nombre de clés remises (porte d'entrée, boîte aux lettres, cave, local vélos, badge). Présence et état des détecteurs de fumée. Date du dernier entretien de la chaudière. Notices et attestations remises.
4. L'état des lieux de sortie : la comparaison
À la fin du bail, on refait le même exercice, avec le document d'entrée sous les yeux, pièce par pièce, ligne par ligne. Un écart : on le note, on le photographie, on le chiffre si possible.
Puis vient la seule vraie question : usure normale, ou dégradation locative ?
- L'usure normale (la vétusté) est ce qui résulte de l'usage normal du bien et du simple passage du temps. Elle est à votre charge, et vous ne pouvez rien retenir pour elle. Une peinture ternie après six ans, un joint de baignoire jauni, une moquette usée dans le passage, un plan de travail patiné : c'est la vie d'un logement habité.
- La dégradation locative est ce qui résulte d'une faute, d'une négligence ou d'un défaut d'entretien. Un trou dans la cloison, un carrelage cassé, une moisissure due à un défaut d'aération, un brûlage sur l'évier, une porte forcée : cela, le locataire en répond.
La frontière n'est pas toujours nette, et le facteur qui la déplace, c'est le temps. Une peinture a une durée de vie ; après huit ans d'occupation, sa valeur résiduelle est faible, et même si le locataire l'a effectivement dégradée, on ne lui réclame pas une peinture neuve : on applique une décote de vétusté. Réclamer 100 % du coût d'un élément en fin de vie est le meilleur moyen de perdre devant le juge de paix — et de perdre aussi la partie du dossier qui était solide.
5. La libération de la garantie
La garantie locative est constituée hors plateforme, en principe sur un compte bloqué au nom du locataire (les montants maximaux et les modalités diffèrent entre les trois Régions : vérifiez la règle de la vôtre). Elle ne se libère qu'avec l'accord écrit des deux parties, ou sur décision de justice.
Autrement dit : sans accord, vous ne prenez rien unilatéralement. Ce qui rend le dialogue de sortie décisif — et un dossier bien documenté, imparable.
En cas de désaccord persistant, l'instance compétente est le juge de paix du lieu où se situe l'immeuble. Beaucoup de conflits se règlent en amont par une conciliation ; peu se règlent au profit de celui qui n'a pas de document.
6. L'état des lieux dans Domilinko
Nous avons construit exactement l'outil qu'on aurait voulu avoir devant un juge :
- Photos par pièce, prises depuis l'application, horodatées et rattachées au constat, pas à une galerie perdue dans un téléphone.
- Relevés de compteurs électricité, gaz et eau, saisis à l'entrée et à la sortie, avec les numéros de compteurs.
- Signature des deux parties, en entrée comme en sortie : le document est contradictoire par construction. Il n'y a pas de bouton pour valider seul.
- Le document de sortie se lit en regard de celui d'entrée, poste par poste. Les écarts sautent aux yeux, et seulement les écarts.
- Remise de clés horodatée, pour savoir précisément à partir de quand chacun avait la jouissance du bien.
Une précision honnête : Domilinko ne constitue pas et ne détient pas la garantie locative. Elle se met en place hors plateforme, sur un compte bloqué, comme le droit belge l'organise. Nous documentons l'état du bien — ce qui est, dans les faits, ce qui décide du sort de cette garantie.
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Les délais pour dresser l'état des lieux, les montants maximaux de la garantie locative et les modalités de sa libération diffèrent entre Bruxelles, la Wallonie et la Flandre. Vérifiez la règle en vigueur auprès de la source officielle de votre Région.
Fondateur · Spécialiste de la location immobilière entre propriétaires et locataires
Entrepreneur, je travaille à rendre la location plus simple et plus juste en Belgique. Je partage ici des guides concrets sur le dossier de location, la garantie locative, le PEB, l'état des lieux et le bail — pour les locataires comme pour les propriétaires.


